Tendinite d’Achille du coureur : le renforcement qui a fait ses preuves
Charger le tendon aussi lourd que toléré : ce que dit la recommandation de 2024, les exercices (mollets, soléaire), la place de l’excentrique d’Alfredson, comment continuer à courir et quand consulter.
En bref
Le renforcement en charge du mollet et du tendon est le traitement de première intention de la tendinopathie d’Achille, au moins 3 fois par semaine. La recommandation de 2024 ne privilégie plus un protocole : excentrique, lourd et lent, isométrique ou sauts se valent, l’important est de charger aussi lourd que toléré. On peut souvent continuer à courir en respectant la règle de la douleur.
Avant de lire
Ce guide ne remplace pas un médecin ni un kinésithérapeute. Il ne pose pas de diagnostic et ne prescrit rien : seul un professionnel de santé qui vous examine peut dire ce que vous avez et adapter les exercices à votre cas.
Une douleur qui dure plus de quelques jours, qui s'aggrave ou qui s'accompagne d'un des signes d'alerte décrits plus bas se fait examiner.
Ce guide résume ce que disent les études et les recommandations cliniques citées en bas de page, pour vous aider à comprendre et à en parler avec votre médecin ou votre kinésithérapeute. Seuls eux peuvent poser un diagnostic et adapter les exercices à votre cas.
Reconnaître la douleur, sans se diagnostiquer
Une douleur du tendon d’Achille, avec une raideur le matin ou au démarrage, qui s’atténue en s’échauffant puis peut revenir après l’effort.
Elle siège soit au milieu du tendon, soit à son attache sur le talon (insertion) : le renforcement s’adapte à l’une ou l’autre.
Ce que disent les études sur le renforcement
La recommandation clinique de référence (JOSPT, mise à jour 2024) fait du renforcement en charge, aussi lourd que toléré, le traitement de première intention, au moins 3 fois par semaine. Elle ne hiérarchise plus les modes : excentrique, concentrique, isométrique, lourd et lent ou pliométrique.
Ce qui a changé : l’excentrique d’Alfredson (descentes sur une marche, 2 fois par jour) a longtemps été « l’exercice de choix ». Dans l’essai qui l’a comparé à la charge lourde et lente, les résultats étaient équivalents à un an, et la charge lourde a été mieux suivie. On travaille aussi le soléaire, genou fléchi, souvent faible dans cette tendinopathie. Les étirements ne sont utiles que si la cheville manque de souplesse.
Pour une douleur à l’insertion (sur le talon), on reste au sol, sans descendre le talon sous le niveau de la marche, et on évite d’étirer le mollet pendant la phase douloureuse.
Les exercices
Les dosages ci-dessous sont ceux des études citées : des exemples, à adapter avec un professionnel. Commencez léger, progressez quand l’exercice devient facile et que la règle de la douleur est respectée.
- Tenue sur la pointe (isométrique), pour les premiers jours si le tendon est très sensible : 5 × 30 à 45 secondes.
- Mollets jambe tendue et mollets genou fléchi (soléaire), lents (3 secondes de montée, 3 de descente) : de deux jambes à une jambe, puis avec un sac lesté ou une machine. Dans l’essai de la charge lourde et lente : 3 séances par semaine pendant 12 semaines, de 15 répétitions au début à 6 répétitions lourdes à la fin.
- Excentrique d’Alfredson, si vous le préférez : descente lente sur une jambe depuis une marche, 3 × 15 jambe tendue et genou fléchi. Une option parmi d’autres, plus « la » méthode.
- Sauts (pogo, petits rebonds), en fin de rééducation, quand les montées sur une jambe se font sans douleur.
- Insertion au talon : tous ces exercices au sol, sans descendre sous le niveau de la marche.
Et la course pendant ce temps ?
Dans l’essai de référence, les coureurs qui ont continué à courir en respectant la règle de la douleur n’ont pas guéri moins bien. Évitez temporairement ce qui charge le plus le tendon : vitesse, côtes, sauts.
Dans Endu, le programme de reprise après blessure applique cette prudence : vous indiquez la zone concernée, et le plan retire le fractionné, les côtes et la vitesse au profit de la course facile et de la marche-course. Chaque séance de renforcement y consacre un bloc à cette zone, isométrique les premières semaines puis plus chargé, avec la règle de la douleur rappelée sous chaque exercice, et laisse de côté les exercices qui la sollicitent mal. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel.
La règle de la douleur : courir et se renforcer sans aggraver
Une règle simple, issue d’un essai sur le tendon d’Achille et largement reprise pour les autres tendons : pendant l’effort, une douleur jusqu’à 5 sur 10 est acceptable ; elle doit être revenue à son niveau habituel le lendemain matin ; et elle ne doit pas augmenter d’une semaine à l’autre.
Si l’une de ces trois conditions n’est pas remplie, on ne s’arrête pas forcément : on réduit la charge (moins long, moins vite, moins de dénivelé, moins de répétitions) jusqu’à les retrouver.
Quand consulter sans attendre
- Une sensation de coup de pied ou de claquement soudain à l’arrière de la cheville.
- L’impossibilité de se mettre sur la pointe du pied.
- Un gros gonflement, une rougeur ou de la chaleur.
Reprendre sans brûler les étapes
Le programme de reprise après blessure d’Endu retire le fractionné, les côtes et la vitesse au profit de la course facile, et chaque séance de renforcement consacre un bloc à la zone blessée. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. 14 jours d'essai, annulable à tout moment.
Générer mon planQuestions fréquentes
- Excentrique ou charge lourde : lequel choisir ?
- Les résultats sont comparables, et la recommandation de 2024 ne privilégie plus aucun mode. La charge lourde et lente demande 3 séances par semaine au lieu de 2 par jour : beaucoup la trouvent plus facile à suivre.
- Faut-il arrêter de courir ?
- Pas forcément. Une douleur jusqu’à 5 sur 10 pendant l’effort, revenue à la normale le lendemain matin et stable d’une semaine à l’autre, est compatible avec la poursuite de la course dans l’essai de référence.
Pour aller plus loin
Études et références citées, vérifiées le 7 octobre 2026. Les dosages sont ceux des études : des exemples à adapter avec un professionnel de santé.
- Martin et al., JOSPT 2018 — recommandation clinique sur la tendinopathie d’Achille
- Mise à jour 2024 de la recommandation (tendinopathie d’Achille corporéale)
- Jonsson et al., 2008 — excentrique au sol pour la tendinopathie d’Achille d’insertion
- Beyer et al., 2015 — charge lourde et lente contre excentrique, essai randomisé
- Silbernagel et al., 2007 — continuer à courir avec un modèle de suivi de la douleur (tendon d’Achille)